"L'oeil PACA" Interview







L'Oeil PACA N°4



Interview par Rv Dols



Edith vit à Hyères. Elle refuse de se laisser enfermer dans un style défini, elle est en continuelle expérimentation. 
Sa peinture est plus figurative qu’abstraite, mais le mélange des genres ne la dérange pas, la preuve le jour de notre rencontre elle travaillait sur de l'abstrait. Elle définit sa peinture comme douce et apaisante. 
Depuis toujours elle dessine, enfant elle gribouillait au stylo à bille, fascinée par la création depuis son plus jeune âge. 
Elle voulait faire les beaux arts, ses parents trouvaient qu’artiste "ce n’est pas un métier".
Edith : Maintenant que j’ai des difficultés, je comprends un peu mieux leur approche.
Je me suis donc orientée sur autre chose. Quand j’ai eu terminé mon cursus, je me suis dirigée sur l’art.
J’ai passé des concours en Belgique pour entrer dans une école des Beaux Arts. J’ai donc suivi des cours pendant cinq ans à Liège en peinture monumentale.




L’œil paca.fr : C’est récurrent, les artistes Français passent par le parcours du combattant pour pouvoir s’exprimer.
Edith : En France c’est vraiment très dur, il y a ceux qui sont connus ou qui appartiennent à un nom, une famille, et là les portes des galeries s’ouvrent plus facilement. Les autres doivent ramer. Pour avoir le plus petit stand, à la foire de Marseille, des Arts Contemporains c’est 900 euros les trois jours. Si on veut participer à des activités plus concrètes il faut avoir assez d’argent pour financer, ce qui est un paradoxe car tout le monde sait que les artistes n’ont pas d’argent.
L’œil paca.fr : Les galeries, sont-elles réticentes à certaines formes d’art ?
Edith : Je suis dans une configuration qui m’oblige à faire de l’alimentaire, je ne suis pas dans une prétendue période et ça ils n’apprécient pas du tout. A leurs yeux un artiste doit définir son style et rester entre les bornes. C’est typiquement Français, te coller une étiquette et te classer dans la bonne étagère. Ils tentent aussi de nous formater par rapport à leur marché. Tu as le droit d’avoir plusieurs styles mais par étape. Si tu as un nom et que tu vends, tu as le droit de faire ce que tu veux, là ils acceptent que tu t’exprimes comme bon te semble.
L’œil paca.fr : Je vois beaucoup de bleu dans tes œuvres.
Edith : Mais bien sûr, tout n’est pas gris ; c’était en quatrième année, il fallait faire un mémoire sur un sujet libre. Etant passionnée par la mer, je me suis dirigée sur les plongeurs. Pour moi, le bleu est ce qui la caractérise le plus. Cela reste quand même assez figuratif. C’est une démarche un peu plus alimentaire mais personnelle et réfléchie, et c’est pour cela que j’éprouve le besoin de créer autre chose qui n’est peut être pas aussi vendeur mais où je peux me lâcher.
L’œil paca.fr : Etre obligé de faire de l’alimentaire n’est-il pas réducteur ?
Edith : Un peu oui, ça coupe l’envie à certains moments. Je n’ai pas d’autre solution, d’où l’intérêt de travailler d’autre styles. Mais le résultat final doit me convenir, il est nécessaire que cela me plaise.
L’œil paca.fr : As-tu quelqu’un qui t’aide à diffuser ton art ?
Edith : Non. Cela prend énormément d’énergie et de temps, les gens ne se rendent pas compte mais c’est un boulot qui ne s’arrête jamais. Chercher des expositions, des concours, des contacts et autres, cela n’en finit plus.
L’œil paca.fr : Qu’est-ce qui t’attire dans la peinture des autres ?
Edith : C’est varié, je peux aimer l’abstrait, j’aime beaucoup les maîtres anciens. Ce qui me fascine c’est la perfection de la réalisation qui n’existe presque plus de nos jours, un tableau c’était une photographie de l’époque.
L’œil paca.fr : Avec le recul que t’ont apporté tes cinq années aux beaux Arts ?
Edith : En premier lieu, la réflexion. Ne pas se décourager quand on te dit que c’est nul. Il faut vraiment faire ce qu’on a envie. J’ai pu expérimenter beaucoup de choses, au début je faisais pas mal de récupération pour constituer mes créations. La technique c’est à toi de te la forger, en créant justement. Je pense que cela te pousse à te révéler, tu apprends sur toi et c’est essentiel.
L’œil paca.fr : Justement, as-tu une technique particulière ?
Edith : Non, j’utilise les pinceaux, mais il m’arrive de travailler avec les doigts, le contact avec la matière m’attire. Les couleurs à mes débuts, beaucoup de couleurs. Je suis incapable de m’enfermer dans un seul style, plus tard peut être mais pas pour l’instant. Je n’ai pas envie de rappeler aux gens ce qu’on peut voir tout le temps partout, c’est plus l’envie de faire penser à autre chose. Sans message, je n’ai pas envie de tomber dans les clichés.
L’œil paca.fr : Des projets ?
Edith : Oui et non, j’ai été sélectionnée l’an dernier au salon de l’art Français à Hyères, je dois faire une toile qui partira en exposition à New York à l’ONU.